L’instruction c’est bien, mais quand elle est de qualité c’est encore mieux

ANTANANARIVO, le 16 juin 2017–Jeudi, 9 heures et demie du matin. La classe de CM1 de l’école primaire publique (EPP) d’Ambohidratrimo a cours de français. Johnica Raharinirina, 10 ans se concentre. « C’est la matière où je suis le plus faible. Je n’arrive pas à maîtriser la grammaire, ni même à comprendre les textes parfois », se plaint-il. Et pourtant, il est le premier de sa classe dans toutes les matières. « Tous mes élèves ont un problème avec le français. Ce n’est pas une langue qu’ils pratiquent à la maison, à l’école, nous n’avons pas assez de manuels et ils sont souvent très vieux. Je dois emprunter ceux de la salle d’à côté pour mes élèves et ils se mettent à deux, parfois à trois autour d’un seul manuel », déplore Haingo Lalaina Rasoazananoro, leur institutrice. L’absence de manuels est un des constats qui ressort de la première enquête sur les Indicateurs de prestation de services (IPS) effectuée par la Banque mondiale en 2016, avec seulement un élève sur dix disposant d’un manuel de français ou de mathématiques en classe. Cette enquête a également révélé un certain nombre d’anomalies et de lacunes du côté des enseignants, notamment un taux important d’absentéisme, conjugué à un manque de compétences académiques et pédagogiques. Quatre enseignants des écoles primaires sur 10 sont absents de leurs salles de classe. Et lors d’une journée normale, ils n’enseignent généralement que 3 des 5 heures quotidiennes allouées. Autre constat, la présence ou l’absence du directeur à l’école est un facteur déterminant de l’assiduité des enseignants. Cet absentéisme a en effet tendance à diminuer lorsque le directeur de l’école est assidu et en demande autant à ses enseignant. Comme le fait Marie Colette Randriantsoa, directrice de l’EPP Ambohidratrimo « Nous avons 16 enseignants dont trois sont recrutés par la communauté des parents d’élèves (maîtres FRAM). Tous sont présents en classe et effectuent leurs 27 heures et demie de cours réglementaires par semaine. Bien sûr, il y a des absences quand ils tombent malades ou ont des contraintes familiales, mais cela ne dépasse pas deux jours par mois. Une école qui fonctionne et qui réussit, c’est d’abord un corps enseignant présent et dévoué », martèle Marie Colette Randriantsoa. L’enquête IPS souligne également le manque de compétences des enseignants malgaches. Ils sont seulement 0,1 % à avoir obtenu plus de 80 % de réponses correctes lors de l’évaluation de leurs connaissances en français et mathématiques. Et pour cause, la majorité d’entre eux n’ont pas reçu de formation pédagogique ni académique adaptée à l’enseignement. Rares sont ceux qui ont obtenu le baccalauréat. Bakoly Nirina Rabeherisoa enseigne également en CM1 à l’EPP Ambohidratrimo. Elle a son bac et veut passer les examens du Certificat d’aptitude pédagogique à l’enseignement dans les écoles primaires (CAP/EP) cette année. « J’ai le baccalauréat mais je sais qu’il me manque des compétences pour enseigner malgré tous mes efforts pour apprendre. C’est pour cela que je tiens à passer le CAP/EP pour approfondir et améliorer mes capacités professionnelles. Je suis enseignante depuis une dizaine d’années, dont trois dans une école privée et sept maintenant dans cette école publique. Depuis quelques années, je me vois confier des classes de plus en plus stratégiques et je veux être à la hauteur. » Conscient du manque de capacités des enseignants à Madagascar et de leur absentéisme en classe, le ministère de l’Éducation nationale a réinstauré les concours de CAP/EP, interrompus depuis 1997. Il multiplie également les formations des enseignants avec l’appui de ses partenaires, notamment la Banque mondiale et le Partenariat mondiale pour l’éducation à travers le projet PAUET.  « Le ministère est également en train de finaliser un plan sectoriel de l’éducation pour 2018-2022. La formation des enseignants et le renforcement de l’encadrement pédagogique de proximité en sont les grandes priorités », insiste Rolland Justet Rabeson, secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale.  Au-delà des faiblesses observées dans la gestion du corps enseignant et des lacunes du cadre d’apprentissage, l’enquête a aussi montré que les élèves malgaches sont persévérants et obtiennent des résultats supérieurs à la moyenne des élèves des autres pays où les enquêtes IPS sont menées.

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